Le Syndrome du « Backlog » : Comment j’ai arrêté d’accumuler pour enfin recommencer à jouer

C’est 21 heures. Vendredi soir. Le moment sacré.

La semaine de boulot est finie. La pizza est en route. Vous allumez votre PC ou votre console avec cette petite étincelle d’anticipation dans le ventre. Vous allez jouer. Enfin.

Et là, le drame.

Vous ouvrez Steam. Vous regardez votre bibliothèque. 450 jeux. « Non joué » à côté de 380 d’entre eux.

Vous scrollez. « Ah, celui-là, je l’ai pris en soldes à 5 balles, faut que je le lance. » « Oh, ce RPG de 100 heures que tout le monde encense… je n’ai pas l’énergie pour le tuto ce soir. » « Et ce jeu indé du Humble Bundle de 2018 ? »

Vous scrollez. Vous hésitez. Vous soupirez.

Le curseur fait des allers-retours. La pizza arrive. Vous la mangez en regardant une vidéo YouTube sur un jeu auquel vous ne jouerez probablement jamais. Il est 23h30. Vous êtes fatigué. Vous éteignez tout.

Vous n’avez pas joué une seule minute.

Bienvenue au club. Vous souffrez du « Syndrome du Backlog ». Et croyez-moi, je suis passé par là. C’est le mal du siècle pour nous, les gamers.

On va voir ensemble comment on s’est mis dans ce pétrin, et surtout, comment en sortir. Parce que le jeu vidéo, c’est la vie, pas une « to-do list ».

L’Ère de l’Abondance (et de l’Angoisse)

Faisons un petit retour en arrière. Années 90.

Quand j’étais gamin, un nouveau jeu, c’était un événement. C’était Noël ou un anniversaire. J’avais Street Fighter II sur Super Nintendo, et croyez-moi, j’y jouais jusqu’à ce que mes empreintes digitales s’effacent sur la croix directionnelle.

Je connaissais chaque pixel. Je n’avais pas le choix. C’était ça, ou regarder la télé.

Aujourd’hui ? C’est Versailles.

C’est l’abondance absolue. Entre :

  • Les soldes Steam (où l’on achète des jeux comme des paquets de chips parce que « c’est pas cher »).
  • Le Xbox Game Pass (le buffet à volonté qui te donne la nausée avant même de commencer à manger).
  • Les jeux gratuits de l’Epic Games Store tous les jeudis.
  • Les Humble Bundles.

On ne consomme plus les jeux. On les collectionne.

C’est devenu du « Diógenes digital ». On entasse. On a peur de manquer le chef-d’œuvre dont tout Twitter parle. Le FOMO (Fear Of Missing Out) nous tient par les tripes.

Le problème, c’est que le plaisir d’acheter un jeu a remplacé le plaisir d’y jouer.

C’est un petit shot de dopamine facile. « Clic, acheté ». Ça y est, je le possède. Je suis un vrai gamer. Sauf que le jeu reste là, à prendre la poussière virtuelle, et il se transforme petit à petit en quelque chose de toxique : la culpabilité.

Pourquoi votre Backlog vous tue à petit feu

J’exagère ? À peine.

Regardez votre liste de jeux « à faire » honnêtement. Qu’est-ce que vous ressentez ? De l’excitation ? Ou une légère oppression thoracique ?

Quand votre loisir commence à ressembler à un deuxième travail, c’est qu’il y a un problème.

Le psychologue Barry Schwartz appelle ça le « Paradoxe du Choix ». Plus on a d’options, moins on est satisfait de celle qu’on choisit, et plus il est difficile de choisir tout court.

Quand vous avez 200 jeux potentiels devant vous, votre cerveau panique. « Et si je lance ce jeu de stratégie, alors que je devrais plutôt finir ce AAA narratif ? Si je choisis mal, je vais perdre ma soirée. »

Le résultat ? La paralysie.

Votre backlog n’est plus une bibliothèque de rêves. C’est une liste de tâches en retard. C’est une pile de dossiers sur le bureau de votre cerveau qui vous crie : « Tu n’es pas assez productif ! ».

Il faut arrêter ça tout de suite. Le gaming, c’est l’évasion, pas la gestion de projet.



Le Grand Nettoyage de Printemps (Mental)

J’ai guéri. Et vous pouvez guérir aussi. Mais il va falloir être brutal.

Il faut traiter votre backlog comme un garage qui n’a pas été rangé depuis 15 ans. Il va falloir jeter des trucs.

Étape 1 : L’Audit Impitoyable

Ouvrez votre liste. Prenez les jeux un par un. Soyez honnête.

Posez-vous cette question pour chaque jeu : « Si ce jeu sortait aujourd’hui, au prix fort, est-ce que je l’achèterais ? »

Si la réponse est « Non », ou même « Bof, peut-être », virez-le.

  • La catégorie « Peut-être un jour » est un piège. C’est le purgatoire des jeux vidéo. C’est là que le plaisir va mourir.
  • Oubliez l’argent dépensé. C’est ce qu’on appelle le « biais des coûts irrécupérables » en économie. Que vous ayez payé ce jeu 5€ ou 60€ il y a trois ans, l’argent est parti. Y jouer de force ne vous le rendra pas. Si le jeu vous ennuie, le désinstaller est un gain de temps, pas une perte d’argent.

Créez une catégorie « Cimetière » ou « Abandonnés » et balancez tout ça dedans. Cachez-les. Ne les regardez plus.

C’est douloureux ? Oui. Libérateur ? Immensément.

Étape 2 : La règle de Trois

C’est ma règle d’or. Celle qui m’a sauvé.

Vous ne devez jamais avoir plus de 3 jeux installés et « en cours » en même temps.

Jamais.

Pourquoi trois ?

  1. Un « gros jeu » qui demande de l’investissement (un RPG, un open world, un jeu narratif long).
  2. Un jeu « détente/arcade » pour des sessions courtes de 20-30 minutes (un roguelite, un jeu de course, un jeu de sport).
  3. Un jeu « en solo » différent ou un jeu multijoueur avec les potes.

C’est tout.

Si vous voulez installer un nouveau jeu, vous devez en finir (ou en abandonner) un des trois actuels.

Ça force à s’engager. Fini de picorer 1 heure sur cinq jeux différents pour ne jamais rien finir. Vous vous concentrez. Vous rentrez vraiment dans l’univers. Vous retrouvez cette immersion qu’on avait quand on n’avait qu’un seul jeu à poncer.



Réapprendre à Jouer pour Soi

Le dernier point crucial, c’est de changer votre mentalité.

Nous vivons dans une époque de performance. On veut « platiner » les jeux, on veut voir le générique de fin pour cocher la case sur notre liste mentale.

On s’en fout.

Arrêtez de jouer pour « finir ». Jouez pour l’instant présent.

Si vous êtes au milieu d’un jeu immense comme The Witcher 3 ou Baldur’s Gate 3, et qu’au bout de 60 heures, vous en avez marre… arrêtez. Vous n’avez pas échoué. Vous avez passé 60 heures dans un univers incroyable. C’est une victoire. Passez à autre chose.

La vie est trop courte pour se forcer à finir des jeux vidéo. Gardez cette énergie pour payer vos impôts ou aller chez le dentiste.

Le gaming, c’est votre jardin secret. C’est là où vous allez pour oublier le reste, pour vivre des aventures, pour ressentir des trucs. Pas pour pointer à l’usine du fun.

Alors ce soir, ne scrollez pas pendant une heure. Fermez les yeux, pointez un jeu au hasard parmi vos trois élus, lancez-le, et oubliez tout le reste.

Le backlog est mort. Vive le jeu.

>
Retour en haut